X
Cependant M. Blandureau commençait à s’apercevoir de ce qui se passait. Il n’en était pas positivement sûr, mais il avait ce que la justice appelle de sérieuses présomptions.
Il était aussi mécontent que possible. Il s’était fait jusqu’à présent honneur à lui-même des visites quotidiennes de sir James. En découvrant qu’il pouvait bien venir aussi pour sa fille, son amour-propre fut blessé au vif.
Ce n’est pas qu’un mariage avec le neveu d’un pair d’Angleterre ne l’eût flatté infiniment; il eût donné pour réaliser ce beau rêve la moitié de sa fortune. Mais il s’était engagé avec Hector; il ne songea donc qu’à presser l’union décidée et à prévenir son futur gendre de ses soupçons.
Hector, lui aussi, avait des soupçons.
Un jour qu’il était venu chez M. Blandureau où il se faisait de plus en plus rare, il avait aperçu sur une table une grammaire anglaise et un pocket-dictionary.
Ce fut comme un trait de lumière, et c’est le cœur gonflé de joie et d’espérance qu’il ouvrit ces deux volumes. Les pages en étaient coupées, et quelques signes au crayon le long des marges attestaient qu’on s’en était servi.
—Oh! pensa Hector, mademoiselle Aurélie est trop sensée pour vouloir apprendre l’anglais sans maître. Mon ami James, j’imagine, sera le professeur. Puisse-t-elle bientôt parler comme une demoiselle du Lancashire!
Et il s’éloigna plus joyeux qu’il ne l’avait été depuis longtemps.
—Ne troublons pas ces jeunes gens, se disait-il; si M. Blandureau veut me voir, il viendra me chercher.