Une surprise plus grande l’attendait chez lui. Sa fille l’avait fait demander.

Mademoiselle Aurélie aimait véritablement sir James, et elle était bien résolue à rompre à tout prix avec Hector.

Elle trouvait à cette rupture des avantages sans nombre. D’abord elle devenait la femme d’un homme titré; on l’appelait mylady. Comme elle avait assez de fortune pour deux, elle s’inquiétait peu de la fortune. Elle irait habiter l’Angleterre, où nul ne songerait à lui reprocher son origine plébéienne. Enfin la meilleure raison, elle aimait sir James.

Aussi est-ce du ton le plus résolu qu’elle déclara à son père que jamais elle n’épouserait Hector.

On se ferait difficilement idée de la colère et de l’étonnement de l’ancien négociant à l’annonce de cette résolution d’Aurélie.

—Songes-tu bien à ce que tu dis? balbutia-t-il, toi, ma fille, lorsque tu sais que j’ai donné ma parole!

—Vous la reprendrez, mon père.

—Jamais, s’écria le négociant, jamais! Parole de Blandureau vaut de l’or.

—Soit, répondit mademoiselle Aurélie; mais, moi, je n’ai rien promis et je n’ai rien à tenir.

—Mais, malheureuse enfant, la présence seule de ce jeune homme ici impliquait une acceptation de ta part. Je suis le créateur du billet, mais tu es l’endosseur. D’ailleurs, songe au désespoir d’Hector; veux-tu briser sa vie?