—Croyez-vous qu’il m’aime, mon père?

—S’il t’aime! ah! si tu savais de quel ton il me disait, il n’y a pas plus d’une heure: «Mademoiselle Aurélie, je l’aime comme une sœur.»

La jeune fille ne put retenir un éclat de rire.

—Vous trouvez que cela suffit? demanda-t-elle.

—Je t’affirme, répondit M. Blandureau, je t’affirme que moi je n’aimais pas du tout ta mère lorsque nous nous sommes mariés. Dieu sait cependant si nous avons été heureux!

—Eh bien, moi, reprit mademoiselle Aurélie, à aucun prix, mon père, je ne veux de ce bonheur. Je ne suis pas des jeunes filles que l’on contraint, ajouta-t-elle d’un ton de défi.

—Et moi, s’écria M. Blandureau furieux, je jure que la terre cessera de tourner et le soleil d’éclairer la terre avant qu’on me voie reprendre ma parole.

Et il sortit en tirant violemment la porte.

Mademoiselle Aurélie n’était pas d’un caractère à s’effrayer pour si peu. Elle ne renonça nullement à ses espérances.

Une heure plus tard, Hector recevait d’elle un petit billet où, invoquant sa délicatesse de galant homme, elle le conjurait de se retirer. D’ailleurs, elle ne lui donnait aucun détail.