«Ne prenez plus la peine, monsieur, de vous présenter chez moi. Vous n’y trouverez personne, désormais. Je sais tout. J’ai appris vos perfides manœuvres pour surprendre ma confiance. Je connais les odieux complices qui vous ont ménagé l’accès de ma maison. Je n’ignore pas davantage votre expulsion de l’École. Mon regret le plus cuisant est d’être votre obligé. Fixez vous-même le prix de vos services, demandez-moi la moitié de ma fortune, mais ne songez plus à ma fille.»
Pascal lut avec une lenteur extrême cette lettre injurieuse. Il n’y comprenait pas grand’chose, il est vrai, mais le sens le tourmentait peu. Il était plus inquiet du motif qui avait fait agir M. Gerbeau.
—Serait-ce une comédie? se disait-il; mais pourquoi? Sans doute pour aller au-devant d’une rupture, pour prévenir l’enquête de mon père. Mais comment a-t-on pu savoir l’arrivée de mon père?
A toutes ces questions, il ne trouvait pas de solution satisfaisante. Enfin, il reposa tranquillement la lettre sur la table, et M. de Jeuflas, qui l’observait et s’attendait à une explosion de fureur, fut très surpris de ce calme.
—Eh bien! demanda le chevalier, que dites-vous de cela?
—Rien. M. Gerbeau est sans doute devenu fou. Il m’écrit des injures, et je veux être pendu si je sais pourquoi.
—Comment, vous ne comprenez pas?
—Pardon! Je vois très bien qu’il ne veut plus me donner sa fille, mais c’est tout ce que je vois. Ce n’était pas la peine de me la faire proposer par M. de Saint-Roch.
—Mais, malheureux! s’il vous repousse, c’est qu’il a su la part que Saint-Roch prenait à cette affaire.
—Pardieu! c’est trop fort, répondit Pascal; espérez-vous me faire entendre que c’est à l’insu de M. Gerbeau que le nom de sa fille se trouve sur les registres de votre ami,—avec titres à l’appui, pour parler comme lui!