—Un complot, fit-il, n'explique pas l'obstination de M. Lacheneur à me repousser...
—Hélas!... si, mon pauvre enfant. C'est par Marie-Anne qu'il tient Chanlouineau et le marquis de Sairmeuse. Qu'elle devienne ta femme demain, ils lui échappent aussitôt... Puis, précisément parce qu'il nous aime, il ne voudrait à aucun prix nous mêler à une aventure dont le succès lui parait au moins incertain... Mais ce ne sont là que des conjectures.
—En effet, balbutia Maurice, en effet, je reconnais bien qu'il faut se soumettre, se résigner... oublier, s'il se peut.
Il disait cela, parce qu'il voulait rassurer son père, mais il pensait précisément le contraire.
Une idée venait d'éclore en son cerveau, vague encore, indéterminée, obscure, à peine distincte, mais qu'il pressentait devoir être une idée de salut. Et, en effet, dès qu'il fut seul, elle se dégagea, elle grandit, elle se précisa:
—Si Lacheneur organise une conspiration, se disait-il, des complices lui sont nécessaires; il doit même en chercher... Pourquoi n'irais-je pas m'offrir à lui? Du jour où je serai de moitié dans ses préparatifs, où je partagerai ses dangers et ses espérances, il lui sera impossible de me refuser encore sa fille. Quoi qu'il veuille entreprendre, je vaux bien Chanlouineau...
De là à prendre la résolution d'aller offrir ses services à Lacheneur, il n'y avait qu'un pas, Maurice le franchit, et de ce moment il ne songea plus qu'à tout faire pour hâter sa convalescence.
Elle fut prompte, l'espoir a des vertus merveilleuses, rapide à étonner l'abbé Midon qui remplaçait le docteur de Montaignac.
—Jamais je n'aurais cru que Maurice pût se consoler ainsi, disait Mme d'Escorval, toute heureuse de voir son fils se reprendre à aimer la vie.
Mais le baron ne répondait pas. Il tenait pour suspect ce rétablissement presque miraculeux, il était assailli de défiances...