—C'est certes une histoire incroyable, messieurs, disait-il, et cependant elle est vraie. Deux officiers de la légion de Montaignac, qui revenaient de leur expédition ce matin, au petit jour, traversaient le carrefour de la Croix-d'Arcy, quand sur le revers d'un fossé, ils aperçurent, gisant mort, un homme revêtu de l'uniforme des anciens guides de l'empereur...

Maurice tressaillit.

Cet infortuné, il n'en pouvait douter, était ce brave officier à la demi-solde, qui était venu se joindre à sa colonne sur la route de Sairmeuse, après avoir parlé à M. Lacheneur.

—Naturellement, poursuivait M. Langeron, mes deux officiers s'approchent du cadavre. Ils l'examinent, et qu'est-ce qu'ils voient? Un papier qui dépassait les lèvres de ce pauvre mort. Comme bien vous pensez, ils s'emparent de ce papier, ils l'ouvrent, ils lisent... C'était la liste de tous les conjurés de la ville et de quelques autres encore, dont les noms n'avaient été placés là que pour servir d'appât... Se sentant blessé à mort, l'ancien guide aura voulu anéantir la liste fatale, les convulsions de l'agonie l'ont empêché de l'avaler...

Cependant, ni l'abbé ni Maurice n'avaient le temps d'écouter les commentaires dont le maître d'hôtel accompagnait son récit.

Ils se hâtèrent d'expédier à Mme d'Escorval et à Marie-Anne un exprès destiné à les rassurer, et sans perdre une minute, bien décidés à tout oser, ils se dirigèrent vers la maison occupée par le duc de Sairmeuse.

Lorsqu'ils y arrivèrent, une foule émue se pressait devant la porte.

Oui, il s'y trouvait bien une centaine de personnes, des hommes à la figure bouleversée, des femmes en larmes qui sollicitaient, qui imploraient une audience.

Ceux-là étaient les parents des malheureux qu'on avait arrêtés.

Deux valets de pied en superbe livrée, à l'air important, avaient toutes les peines du monde à retenir le flot grossissant des solliciteurs...