—Peu importe, interrompit-il, votre rôle n'a pas été celui d'une jeune fille...
Ce fut son seul reproche, et encore il le regretta; soit qu'il crût de sa dignité de ne pas laisser deviner la blessure saignante de son orgueil, soit que véritablement—ainsi qu'il le déclarait plus tard—il ne put prendre sur lui d'en vouloir à Marie-Anne.
—Maintenant, reprit-il, je m'explique votre présence ici. Vous venez demander la grâce de M. d'Escorval.
—Grâce! non; mais justice? Le baron est innocent...
Martial se rapprocha de Marie-Anne, et baissant la voix:
—Si le père est innocent, murmura-t-il, c'est donc le fils qui est coupable!...
Elle recula terrifiée. Il tenait le secret que les juges n'avaient pas su ou n'avaient pas voulu pénétrer. Mais lui, voyant son angoisse, en eut pitié.
—Raison de plus, dit-il, pour essayer de sauver le baron!... Son sang versé sur l'échafaud creuserait entre Maurice et vous un abîme que rien ne comblerait... Je joindrai mes efforts aux vôtres...
Rouge, embarrassée, Marie-Anne n'osa pas remercier Martial. Comment allait-elle reconnaître sa générosité? En le calomniant odieusement. Ah! mille fois, elle eût préférer affronter sa colère.
Sans nul doute, il allait donner d'utiles indications, quand un valet ouvrit la porte du salon, et M. le duc de Sairmeuse, toujours en grand uniforme, entra.