—Vous ne vous êtes pas trompé, monsieur, dit-il... L'homme qui m'accompagne et moi, sommes des réfugiés, sans doute condamnés à mort en France à cette heure.

Et sans laisser au docteur le temps de répondre, il lui dit quels terribles événements l'avaient amené à Saliente, et l'histoire navrante de ses amours. Il n'omit rien. Il ne cacha ni son nom, ni celui de Marie-Anne.

Le médecin, quand il eut terminé, lui serra la main...

—C'est bien quelque chose comme cela que je devinais, dit-il. Croyez-moi, monsieur... Dubois, ne vous attardez pas ici. Ce que j'ai vu, d'autres peuvent le voir. Et surtout ne prévenez pas votre hôtelier de votre départ. Il n'a pas été dupe de vos explications. L'intérêt seul lui a fermé la bouche. Il vous a vu de l'or, tant que vous en dépenserez chez lui, il se taira... s'il vous savait à la veille de lui échapper, il parlerait peut-être...

—Eh!... monsieur, comment partir?...

—Dans deux jours la jeune dame sera sur pied, interrompit le docteur.

Il parut se recueillir, ses yeux se voilèrent comme si la situation de Maurice lui eût rappelé de cruels souvenirs, et d'une voix profonde il ajouta:

—Et croyez-moi... Au prochain village arrêtez-vous et donnez votre nom à Mlle Lacheneur.

Une telle surprise se peignit sur les traits de Maurice, que le médecin dut supposer qu'il s'expliquait mal.

—Je veux dire, insista-t-il, avec une certaine amertume, qu'un honnête homme ne peut hésiter à épouser au plus tôt cette malheureuse jeune fille.