—Mon enfant!...
Rassemblant en un effort surhumain tout ce que le poison lui laissait de volonté, d'énergie et de forces, elle s'était redressée sur son fauteuil, le visage contracté par une indicible angoisse...
—Blanche!... prononça-t-elle d'un accent bref dont on l'eût crue incapable, écoute-moi: c'est le secret de ma vie qu'il faut que je te dise... personne ne le soupçonne... J'ai un fils de Maurice... Hélas! voici des mois que Maurice a disparu... S'il était mort, que deviendrait notre fils!... Blanche, tu vas me jurer, toi qui me tues, que tu me remplaceras près de mon enfant...
Mme Blanche était comme frappée de vertige.
—Je jure!... dit-elle, je jure!...
—Eh bien! à ce prix, mais à ce prix seulement, je te pardonne! Mais prends garde! N'oublie pas que tu as juré!... Blanche, Dieu permet parfois que les morts se vengent!... Tu as juré, souviens-toi! Mon fantôme ne t'accordera le sommeil qu'après que tu auras tenu ton serment.
—Je me souviendrai, balbutia Mme Blanche, je me souviendrai. Mais... ton enfant...
—Ah!... j'ai eu peur... Lâche créature que je suis, j'ai reculé devant la honte... puis, Maurice commandait... Je me suis séparée de mon enfant... ta jalousie et ma mort sont le châtiment... Pauvre être... je l'ai livré à des étrangers... Malheureuse que je suis... malheureuse... Ah! c'est trop souffrir... Blanche, souviens-toi!...
Elle bégaya quelques mots encore, mais indistincts, incompréhensibles...
Mme Blanche, hors de soi, eut la force de lui prendre le bras, et de le secouer...