Faisant sur soi-même un violent effort, le prêtre recouvra presque les apparences du sang-froid, et courant à la route, il expliqua au baron que le séjour de la Borderie était devenu impossible, qu'on avait vu rôder des hommes suspects, qu'on devait être plus prudent que jamais, maintenant qu'on connaissait les bonnes intentions de Martial de Sairmeuse...
Non sans résistance, le baron céda.
—Vous le voulez, curé, soupira-t-il, j'obéis... Allons, Poignot, mon garçon, ramène-moi chez ton père...
Mme d'Escorval était montée sur la charrette près de son mari, le prêtre les regarda s'éloigner, et lorsqu'il n'entendit plus le bruit des roues il regagna la Borderie...
Il atteignait le corridor, quand des gémissements qu'il entendit, et qui partaient de la chambre de la morte, firent affluer tout son sang à son cœur... Il avança rapidement.
Près du corps de Marie-Anne, un homme agenouillé pleurait.
C'était un tout jeune homme, vêtu de haillons, et l'expression de son visage, son attitude, ses sanglots, trahissaient un immense désespoir.
Même, sa douleur profonde absorbait si complètement toutes les facultés de son âme, qu'il ne s'aperçut ni de l'arrivée ni de la présence de l'abbé Midon.
Qui était ce malheureux, qui avait osé s'introduire ainsi dans la maison?
Après un premier moment de stupeur, l'abbé le devina plutôt qu'il ne le reconnut.