—Jean!... cria-t-il d'une voix forte et à deux reprises, Jean Lacheneur!...
D'un bond, le jeune homme fut debout, pâle, menaçant; la flamme de la colère séchait les larmes dans ses yeux.
—Qui êtes-vous? demanda-t-il d'un ton terrible, que faites-vous ici?... Que me voulez-vous?...
Sous ses habits de paysan, avec sa longue barbe, l'ancien curé de Sairmeuse était à ce point méconnaissable qu'il fut obligé de se nommer.
Mais, dès qu'il eut prononcé son nom, Jean eut un cri de joie.
—C'est le bon Dieu qui vous envoie, monsieur l'abbé, s'écria-t-il... Marie-Anne ne peut pas être morte!... Vous allez la sauver, vous qui en avez sauvé tant d'autres...
À un geste du prêtre qui lui montrait le ciel, il s'arrêta, devenant plus blême encore. Il comprenait qu'il n'était plus d'espérance.
—Allons!... reprit-il avec un accent d'affreux découragement, la destinée ne s'est pas lassée... Je veillais sur Marie-Anne, cependant, dans l'ombre, de loin... Et ce soir, je venais lui dire: «Défie-toi, sœur, prends garde!...»
—Quoi! vous saviez...
—Je savais qu'elle était en grand danger, oui, monsieur l'abbé... Il y a de cela une heure, je soupais, dans un cabaret de Sairmeuse, quand le gars à Grollet est entré. «Te voilà, Jean? me dit-il; je viens de voir le père Chupin en embuscade près de la maison à la Marie-Anne; quand il m'a aperçu, le vieux gueux, il a filé.» Aussitôt, j'ai ressenti comme un coup terrible. Je suis sorti comme un fou, je suis venu ici en courant de toutes mes forces... Mais quand la fatalité est sur un homme, vous savez! Je suis arrivé trop tard.