Le successeur, un jeune homme à figure fermée qui s'appelait M. Sébert, avait fait des études dans une grande école d'agriculture. Il prit ses fonctions à la Saint-Martin, à l'époque même où le propriétaire quittait le château pour aller passer l'hiver à Paris. Après examen de mon cheptel, il déclara du premier coup qu'il faudrait tout changer.
—Soignez vos bœufs, nous les vendrons; nous vendrons aussi les vaches dès qu'elles auront leurs veaux; nous vendrons de même les génisses, les moutons, les cochons—et nous achèterons d'autres bêtes, des bêtes de race et sélectionnées…
Dans les six domaines il dit la même chose. Nous eussions compris qu'il sacrifiât les animaux inférieurs; mais nous trouvâmes étrange qu'il voulût tout faire vendre, les bons et les mauvais.
Chaque semaine, cet hiver-là, il nous fallut circuler nuitamment sur les routes et nous geler pendant des heures sur quelque foirail. Nous allions jusqu'à Cérilly, jusqu'au Montet—à des vingt ou trente kilomètres. Randonnées fatigantes, ennuyeuses et coûteuses. Et le travail des champs ne se faisait pas pendant qu'on voyageait ainsi!
Cependant M. Sébert, quand il s'agissait d'acheter, ne taquinait guère:
—Voici une bête convenable, disait-il, je veux l'avoir; les bonnes bêtes ne sont jamais trop chères.
Furieux contre cet original qui nous ruinait, nous disions entre métayers:
—Il est commode de se passer des fantaisies quand on roule sur l'argent des autres!
En avril, quand le propriétaire revint, tous les cheptels étaient changés et n'en valaient pas mieux.
A sa première visite M. Lavallée me demanda: