Chez nous, ce furent des lamentations sans fin de Victoire:

—Tant se donner de peine pour réserver quelques sous et tout perdre à la fois, mon Dieu, que c'est malheureux!

Tout le monde était triste et bien ennuyé. Il n'y eut que Charles pour se montrer philosophe, nous remonter.

—Que voulez-vous, il n'y faut plus penser; c'est perdu et puis voilà… Rien ne sera changé dans votre façon de vivre.

J'avais d'autre part la consolation de savoir très nombreux les badauds de mon espèce. Je me félicitais surtout d'avoir suivi les conseils de ma femme quant à l'argent de Dumont. Car l'honnête Cerbony, par principe, tirait le plus possible de ses victimes. Un pauvre vieux jardinier avait ainsi emprunté à une tierce personne plusieurs milliers de francs pour arriver à fournir au Monsieur la somme exigée. Dépouillé de ses économies et incapable de rembourser son prêteur, le vieillard, du rocher où se dressent les tours du vieux château, se jeta une nuit dans l'étang qui fait suite. Les laveuses au petit matin découvrirent son cadavre que les remous avaient échoué sur la rive.


Il me fallut faire des démarches embêtantes, aller plusieurs fois à Moulins, m'associer avec d'autres victimes pour consulter un avoué. Après deux ans, quand tout fut réglé, on nous donna cinq pour cent. J'avais bien dépensé en déplacements et frais divers l'équivalent des deux cents francs qui me revinrent.

XLI

Charles avait perdu au service ses façons bizarres; il était à présent plutôt gentil et serviable, et il s'exprimait bien mieux que nous. Les premiers temps, il riait même de ce que nous causions trop mal.

—Au fond, c'est bête de parler ainsi. Dès qu'on est en présence d'étrangers, on se trouve gêné; on se tait, ou l'on dit des bourdes qui les font se ficher de nous… Je ne vois pas que ce soit une raison, parce qu'on est paysan, de s'exprimer en dépit du bon sens…