Étant à jeun je me sentais un peu timide avec ces gas-là, qui, même sans avoir bu, avaient plus de blague que nous. J'osai néanmoins:
—Il ne faut pas que ça vous embête, les bounhoummes, les laboureux ont autant d'argent que vous pouvez en avoir.
J'avais bien trente sous!
L'un de mes intimes, le grand Gustave Aubert, assez brutal et coléreux, les cingla d'une apostrophe plus grossière. Ils ripostèrent. On en arriva finalement à s'engueuler ferme de part et d'autre; et, comme nous étions les plus nombreux, nous les chassâmes de la cour où était le jeu.
La partie recommença après leur départ et notre groupe fut favorisé: Aubert gagna, moi aussi, un autre encore. Ce fut une occasion de noce…
Vers huit heures du soir, ayant bien dîné, le diable nous tenta de pénétrer dans l'auberge où ceux du bourg étaient réunis autour du billard. Sensation. Nous nous observâmes mutuellement. Enfin, l'un de ceux que nous avions expulsés le matin, un petit cordonnier brun, lança d'une voix forte:
—Les porchers ne sont pas admis ici!
—Répète voir, feignant! répète voir que j'sons des porchers! riposta Aubert, roulant des yeux furieux.
—Oui, oui, reprit l'autre, vous êtes des porchers! des pantes! des tas de sacrés bounhoummes!
Un de ses camarades, mettant la main devant son nez, beugla: