Tels sont les producteurs que vous devrez rechercher; parce que ce sont là les seuls que vous pourrez payer sans débourser un sou, attendu que de belles paroles pour eux équivalent à de l'argent comptant.

N'allez pas croire qu'un consommateur tel que celui dont je veux parler, pour pouvoir payer les dettes que lui feront contracter ses consommations journalières, soit forcé de se courber tristement sur le métier d'une manufacture, ou débarquer quotidiennement des marchandises sur les ports Saint-Paul ou Saint-Nicolas. Il n'ira pas, par une chaleur du mois de juillet, rentrer ses récoltes, ou au cœur de l'hiver accélérer des semences; il ne se creusera pas la tête pour améliorer les produits divers que nous offrent généreusement toutes les bêtes à cornes ou sans cornes qui sont en France et autres lieux. Il ne passera pas son temps à enrichir d'un schall, d'un fourneau économique ou d'un rasoir à l'épreuve, l'exposition de nos produits; il n'emploiera même pas la journée à reproduire sur une toile que sa main saura rendre vivante, les traits d'un des défenseurs de nos libertés, ou la nature prise sur le fait, soit dans les bois de Meudon ou dans celui de Montmorency; il ne passera pas sa soirée à accompagner, de son violon, de sa basse, de sa flûte ou de son cor, les artistes de nos royaux théâtres qui chantent faux ou ne dansent pas en mesure. Enfin, il n'usera pas les trois quarts de sa vie, rue de Rivoli, à additionner de longs bordereaux; il ne fera rien de tout cela; mais, parce qu'il ne plantera pas, ne fabriquera pas, ne peindra pas, ne fera pas de musique et n'additionnera pas, ce serait une erreur de croire qu'il ne travaillera pas, qu'il ne produira pas, qu'il ne consommera pas et qu'il ne payera pas, mais toujours à la manière de mon oncle.

Voici au surplus, pour arriver au résultat désirable par tous les consommateurs pour lesquels il a rassemblé les matériaux de son ouvrage, la conduite et le genre de vie qu'ils devront tenir et suivre, et le tableau des biens généraux qu'ils opèreront par sa méthode:

1º Le consommateur quel qu'il soit, ne se lèvera pas avant 10 heures, et par cette heureuse indolence il diminuera l'encombrement des commis, blanchisseuses, commissionnaires, cabriolets, oisifs, etc., etc., qui obstruent chaque matin les rues les plus fréquentées, et par conséquent les plus sales de notre belle capitale. Premier bien.

2º Il donnera audience à tous ses créanciers indistinctement de 10 à 11 heures, les écoutera et mettra en pratique les préceptes enseignés dans ce manuel.

Pendant ce temps les créanciers qui feront chez lui antichambre en attendant son lever, ne seront pas chez d'autres consommateurs également débiteurs, et cet avantage retombera sur la masse. Second bien.

3º Il recevra tous ses fournisseurs de onze heures à midi, gardera par devers lui ce que les uns lui apporteront, commandera quelque chose de nouveau à ceux qui n'auraient rien apporté.

De cette manière il les tiendra en haleine, augmentera son crédit, et poussera à la consommation; troisième bien.

4º Il s'habillera de midi à une heure, entendra sa cravate comme un ange, au moyen de ma théorie raisonnée de cette importante partie de notre habillement.

Il poussera ainsi au débit de cet ouvrage, chez le libraire, et à l'écoulement des mousselines, du jaconin, de la perkale et de la batiste de nos manufactures; quatrième bien.