5º A deux heures il ira déjeûner au café du Perron, où, par la délicatesse du choix qu'il fera sur la carte, il provoquera encore à la consommation en mettant à la mode les œufs en coquille et les omelettes à l'oseille, qu'il mangera avec une grâce contagieuse pour tous ceux qui, sans connaître ces mets, auront envie d'en manger.

Suivant son système, il ne payera pas son déjeûner, mais il en fera consommer vingt par des habitués qui ne prennent ordinairement qu'une tasse de café sans beurre, et qui insensiblement se laisseront aller au déjeûner à la fourchette, entraînés par son exemple. Le maître du café sera très-content des vingt déjeûners payés, et très-satisfait du consommateur qui lui aura ainsi payé le sien, quoique sans argent: cinquième bien.

6º Il ira aux Tuileries attendre nonchalamment l'heure du dîner; les deux ou trois chaises dont il se servira, sans les payer, pour étendre sa paresse, seront très-fructueuses à la loueuse qui en a l'entreprise. Par la manière dont il sera assis, il invitera les promeneurs au repos. En un instant toutes les chaises seront occupées et payées, la loueuse fera recette, et le remerciera; sixième bien.

7º Une beauté suspecte ou non, soupirant dans une contre-allée après l'espoir d'un dîner, viendra à passer près de lui; il s'extasiera sur sa taille, sa démarche et son genre qu'il trouvera bon; un Anglais qui ne s'y connaîtra pas fera la même remarque et se détachera pour lui offrir son bras, un dîner et sa bourse qui seront acceptés.

Il aura répandu le numéraire de l'Anglais dans le commerce de France. Septième bien.

8º A six heures, il emmènera quelques amis dont il ne sait pas le nom dîner chez son restaurateur d'habitude. Il le met en vogue d'un seul mot. Garçon! des huîtres vertes, de la tisane de Champagne frappée, des perdrix aux truffes, etc., etc. Il mangera comme quatre, boira comme six pendant deux heures.... Quel fécond résultat n'aura pas sa digestion après que les amis auront payé leurs cartes. Le restaurateur sera enchanté en se décidant bien à ne jamais demander un sou à un si précieux consommateur. Les huîtres qu'il aura fait enlever de chez les factrices de la rue Montorgueil feront faire queue, le lendemain, chez elles pour en avoir; les marchands de vins de Reims et d'Épernay ne pourront suffire aux demandes de tisane qui leur seront adressées de toutes parts. La population du Périgord, si occupée à la recherche de la truffe, redoublera d'activité; la Vallée se garnira comme aux approches des élections; le marché de Poissy sera mieux fourni; la chandelle diminuera, la bougie augmentera et les taneurs n'attendront plus après la peau des bêtes, pour faire des cuirs..... Huitième bien. Mais que de biens en un seul! C'est parce qu'il est opéré par un individu qui a étudié à fond toutes les théories de mon oncle et qui sait parfaitement les mettre en pratique.

HUITIÈME LEÇON.

De la Contrainte par Corps.

Réflexions morales et philosophiques.—Trois petits pâtés ma chemise brûle!—Sainte-Foix et mon Oncle.—Histoire de la Contrainte par corps, depuis son origine jusqu'à nos jours.—Causes pour lesquelles on peut être appréhendé au corps.—Anecdotes.—Avertissement.

L'emprisonnement pour dettes est, selon mon oncle, une suite nécessaire des progrès de la civilisation. En France, sous les deux premières races et même au commencement de la troisième, le créancier n'avait de prise que sur les biens immeubles de son débiteur. Le président Hénault cite en preuve Bouchard le Barbu de Montmorency, lequel faisait la chasse au moine de Saint-Denis, dans son île Saint-Denis, comme on fait la chasse aux sangliers et autres gibiers de la même espèce. Or, cet honnête consommateur devait une somme considérable à Adam, abbé de Saint-Denis. «On ne l'arrêta pas, dit l'abbé Suger, parce qu'alors ce n'était pas l'usage; mais on alla par ordre du bon roi Robert ravager ses terres, jusqu'à ce qu'il eût payé.»