J’ai le plaisir de constater que mes prévisions étaient justes, en ce qui concernait l’attitude des Ou-Djâna du Chellia et des Aoulâd-’Abdi. Ennemis invétérés des Aoulâd-Daoud, c’est avec joie qu’ils les ont vus subir un châtiment dont ils ont d’ailleurs partagé les bénéfices.
Quant aux conséquences de cet événement, elles peuvent être considérables. Jamais la fortune ne nous a offert une occasion meilleure de nous établir définitivement au cœur de l’Aourâs. Un village dans la plaine de Medîna, si riche en eaux qu’elle est une sorte de rizière, un fort au col de Tizougarine (Teniet-Biguenoun des cartes), assurerait à la fois notre puissance militaire et civilisatrice dans cette région, si redoutée des pillards arabes, mais dont les Romains avaient su cultiver toutes les vallées. La position du fort est particulièrement commandée par la nature : elle l’est aussi bien par une question de races, car les Aurasiens, considérés d’ensemble, se décomposent au moins en deux grandes familles (Zenata ou gens de l’Est, Amzig ou gens de l’Ouest) : or, Tizougarine est au point de contact de ces deux groupes, à peu près à mi-distance entre Batna et Khenchela.
CARTE ET CROQUIS
La carte ci-jointe est un fragment détaché de la carte dite de Carbuccia, devenue fort rare et introuvable dans le commerce. J’en ai modifié la nomenclature, et j’y ai porté les villages de l’Ouâd-el-Abiod tels que je les ai vus. Le tableau que j’en présente sera certainement rectifié quand cette région sera mieux connue : il peut du moins suffire, dès à présent, à faire comprendre la marche progressive des Aoulâd-Daoud.
J’ai déjà publié le croquis de Foum-Ksantina dans le Bulletin de la Société de Géographie de Paris. Je le reproduis ici afin de signaler l’importance géographique et ethnographique de ce pittoresque défilé. Là se trouvent une très-ancienne ville berbère et une multitude de tombeaux mégalithiques circulaires encore intacts pour la plupart. J’ai cru pouvoir identifier cette position avec le « Mons Aspidis » de Procope (Vandales, II). Les crânes que j’ai extraits des tombeaux sont déposés au Museum.
La plaine de Medîna du Chellia, dont je donne ensuite un levé rapide, est celle que je désigne, à la fin de cet opuscule, comme le futur centre de notre colonisation dans l’Aourâs.
Je n’ai pas cru inutile d’y joindre une vue des villages des Aoulâd-Daoud, que j’ai prise sur mon carnet de route du pied de la Guelaa de Sanef.
Émile MASQUERAY.