De notre côté ce que nous cherchions à connaître surtout, c’étaient les espions ennemis; notre agent fut chargé par nous de recueillir plus particulièrement des informations sur la bande du café Amodru.

Corbeau dissimulait son double métier sous un prétendu commerce de platine qui était son paravent. Kœniger, soi-disant pour lui faciliter l’achat de ce métal précieux, le mit en rapport avec Cayer et Murat. Corbeau nous les signala aussitôt.

Quel était le rôle de Cayer? Extrêmement important. C’est lui qui, à l’aide de deux femmes, organisa la reconnaissance méthodique des points de chute à Paris.

En avril et en mai 1918 deux questions militaires préoccupaient le service allemand: l’arrivée des Américains et les effets des bombardements.

L’ennemi cherchait à savoir le nombre d’hommes que les Etats-Unis pouvaient débarquer et mettre en ligne, les transports qui devaient être utilisés par les Américains et les voies nouvelles construites entre les ports maritimes, Paris et le front.

L’autre question était l’état moral de la population parisienne qu’on bombardait jour et nuit avec les Berthas. Pour influencer le moral il fallait connaître exactement le point et l’heure précise de la chute des projectiles, et les effets produits.

C’est dans ce but que Murat avait été envoyé pour la cinquième fois à Paris. Mais comme il avait été arrêté à la frontière, Cayer avait résolu de le remplacer par deux femmes.

LES DEUX TRAITRESSES

Le 15 mai 1918 Yvonne Schadeck, coupeuse de chaussures, née à Aubervilliers en 1896, et Anne Garnier, femme Desjardins, repasseuse, arrivaient à Paris. Elles étaient nanties d’un sauf-conduit faux du commissaire de police de Plaisance. Elles furent immédiatement prises en filature, sur l’avis de l’agent qui nous les avait «données».

Et voici ce que firent ces deux femmes.