Anne Garnier se rendit d’abord place de la Nation, où l’on disait qu’un obus était tombé; elle erra sur les boulevards, télégraphia à sa sœur habitant Houilles qu’elle arriverait le soir, et se rendit à la gare du Nord pour interroger les permissionnaires.

Yvonne Schadeck, elle, voulut tout d’abord consulter une cartomancienne! Elle alla ensuite rue La Fayette pour essayer de rencontrer Charlot, ami de Guaspare, son amant.

Pendant les premiers temps, c’est autour des gares de l’Est et du Nord que les deux femmes portèrent leurs investigations. En arrivant des tranchées, les permissionnaires étaient très bavards et aimaient se retrouver sur «le Chemin des Dames».

A la gare régulatrice du Bourget, Anna et Yvonne firent connaissance d’un soldat nommé Rouleau, qui leur expliqua comment on prévenait les postes en cas d’alerte; il leur donna même son adresse: «Secteur 23, 9ᵉ territ., 9ᵉ Cie». Cette adresse servit à Yvonne Schadeck pour rester en correspondance avec le poilu sous le nom de Georgette.

Puis les femmes se rendirent à Noisy-le-Sec, et entreprirent les artilleurs.

Le lendemain deux alertes de gothas eurent lieu. Vite elles allèrent constater les dégâts: gare d’Orléans et station du métro Campo-Formio.

Elles étaient infatigables: l’après-midi elles retournèrent aux gares du Nord et de l’Est «voir les soldats», et—le comble du zèle—pour ne pas perdre de temps, elles prenaient leurs repas au bouillon Duval situé à côté de la gare.

Naturellement elles firent la connaissance de nombreux militaires avec lesquels elles passèrent de longues heures...

Entre temps Anna écrivait à sa mère: «On est bombardé. Mais il ne faut pas avoir peur. C’est la destinée.»

Le gros canon tonnait toujours. Un obus tomba rue Palestro, au coin du boulevard Sébastopol: elles se précipitèrent pour enregistrer les dégâts. Boum... On les arrêta!