LA TRAHISON DANS LA TRAHISON.—CE QUE LES ALLEMANDS CHERCHAIENT

Murat nous avait été donné par Raymond Corbeau, dit Saab.

Ce singulier personnage—espion double nous l’avons dit—mérite d’être encadré. Mᵉ Corbeau—appelons-le ainsi pour une fois—était plus fort que le renard allemand et il le prouva.

Il avait déserté en novembre 1916, avait gagné la Suisse et s’était fait enrôler dans le service secret allemand.

—J’étais, dit-il, désigné par A. F. 94. Ce numéro m’avait été donné par la Rouquine de Fribourg qui m’avait pris en affection particulière, et m’avait confié des missions importantes à Anvers pour son amie et collègue Mlle Docktor.

Corbeau avait été arrêté par les autorités suisses le 2 mai 1917. A sa sortie de prison il s’était présenté au consulat allemand de Genève qui l’avait envoyé à l’école de Lorach. On l’interna pour la forme pendant quelque temps dans un camp de prisonniers, puis on le fit revenir en Suisse sous le faux nom de Saab.

En même temps qu’il entrait au service de l’espionnage allemand, Corbeau faisait des propositions au... service français, qui les acceptait.

IMPORTANTE MISSION

Kœniger, que nous connaissons déjà, avait chargé Corbeau de faire parvenir en France des mouchoirs préparés à l’encre invisible (nous en parlerons en traitant du service chimique) et d’obtenir des renseignements précis sur les points de chute.

Nous avons dit que les Allemands attachaient un grand prix à ces renseignements; ils ne négligeaient rien pour se les procurer.