Murat fit des aveux partiels d’abord, puis avoua avoir été chercher des renseignements à Paris.
Il était connu comme un triste garnement. Il avait été incorporé le 23 novembre 1913, et le 16 juin 1914 il était déjà condamné par le Conseil de Guerre de la 13ᵉ région à un an de prison pour outrages et menaces envers un supérieur.
Comme soldat, pendant la guerre, Murat fut un lâche. Lors des combats de Sarrebourg, en 1914, il avait disparu une première fois. Son adjudant disait de lui: «Très mauvais soldat, discutant les ordres, n’obéissant pas, recherchant toutes les occasions de fuir le combat». Son chef de section, le sous-lieutenant Fonlupt, déclarait qu’il s’était signalé à la compagnie par «son manque de courage». Son camarade Beaumont affirmait que c’était «une forte tête», déclarant à tout propos qu’il «se barrerait et ne se ferait pas tuer.»
Au combat de Xoffenvillers (Vosges), le 27 août 1914, son capitaine dut le menacer de son revolver pour l’empêcher de fuir.
Murat avait une autre terreur: celle d’être fusillé.
Après avoir déserté en septembre 1914 au combat de Dreslincourt, il était venu à Paris, avait volé des effets civils et s’était rendu à Lyon, où, en novembre 1916, il rencontra Franciscoud qu’il rejoignit à Genève. C’est là, dit-il, qu’il «trouva» quatre livrets militaires qu’il remplit au nom de Paul Fournier en ajoutant la mention «Réformé nº 2, à Lyon».
En décembre 1915, il vint habiter Paris, fit connaissance de la femme Bouvet, puis en 1916 passa en Suisse et se fit embaucher à l’usine de la Motosacoche sous le nom de Lutger, nom du beau-frère du tenancier du café Amodru.
A Paris, il avait été signalé comme s’étant rendu, soi-disant pour acheter du platine, chez le bijoutier Beaudart, «honorable commerçant»—qui fut condamné à sept ans de réclusion pour vol de bijoux.
Telle est la biographie de Elie Murat. On verra par la suite de cette histoire qu’elle s’est terminée par une condamnation aux travaux forcés à perpétuité et une évasion.