Si nous parlons aujourd’hui des faits et gestes d’un espion double, c’est que le Conseil de Guerre a cru devoir le condamner et qu’il opérait autant pour nous que contre nous.
Le 18 avril 1918, notre service de renseignements d’Annemasse était avisé par un informateur de Genève—le déserteur Corbeau, dit Saab, espion double—qu’un déserteur français, espion allemand, allait passer la frontière, avec une fausse permission, pour se rendre dans le centre de Lyon d’abord, à Paris ensuite, avec une missive très importante.
Il devait tenter le franchissement de la ligne pendant la nuit dans les environs de Saint-Julien-en-Genevois. Le but avoué de son voyage à Lyon était de voir sa sœur. A Paris il allait constater surtout les effets du bombardement. Il devait être de retour à Genève le 5 mai.
Notre informateur précisait que cet espion venait de rentrer de Paris, et qu’à son retour il avait donné au service allemand des renseignements précis sur un obus tombé entre le boulevard Beaumarchais et la station du métro Saint-Paul.
A Lyon, l’agent devait attendre un complice, un réformé, chargé de lui apporter des précisions sur les points de chute des obus. Ce n’est que dans le cas où personne ne viendrait qu’il devrait se rendre dans la capitale.
Le signalement de l’individu était donné, mais pas son nom. On ajoutait encore qu’il devait être porteur d’un kilo de cocaïne.
ARRESTATION DE MURAT
Une surveillance sévère fut organisée, et le 27 avril, à Saint-Julien-en-Genevois, au passage d’un train de Bellegarde, on arrêtait un individu habillé en militaire français.
C’était Murat. On trouva sur lui le kilo de cocaïne annoncé, des effets civils, quatre faux titres de permission de convalescence à son nom, avec le cachet de l’hôpital de Bergues (Nord), un titre de permission en blanc muni d’un cachet d’un régiment d’artillerie coloniale, un ordre de transport au nom de Laures qu’on sût être un sergent infirmier amant de la sœur de Murat également infirmière à l’hôpital 17 de Lyon. On trouva aussi une lettre destinée à Escoffier, l’insoumis suisse.
Tous les papiers étaient dissimulés dans la doublure de son pantalon.