—Il est vrai que, du front, je correspondais avec mon amant qui était non plus à Berlin, mais à Amsterdam. Ce n’est pas ma faute s’il était chef du service d’espionnage, mais je ne lui communiquais rien.

Cette réponse, dont on jugera la valeur, donne une idée du système de défense employée par l’espionne.

GRAVE CONSTATATION

Le Président du Conseil de Guerre lui pose ensuite cette question beaucoup plus grave que les autres.

—Quand vous étiez au front vous avez eu connaissance des préparatifs qui se faisaient pour l’offensive de 1916?

—Je savais par des amis, officiers, qu’on préparait quelque chose, c’est certain. Mais même si je l’avais voulu je n’aurais pas pu informer les Allemands, et je ne les ai pas prévenus parce que je ne le pouvais pas.

—Cependant vous correspondiez toujours avec Amsterdam par l’intermédiaire d’une légation où on recevait vos lettres, croyant que vous écriviez à votre fille.

—J’écrivais, je l’avoue. Mais je n’envoyais pas de renseignements.

—Nous avons la preuve du contraire. Nous savions tout au moins à qui vous écriviez.

A cette affirmation la danseuse pâlit. Elle devina qu’on avait du «regarder» dans la boîte aux lettres de la légation, et elle n’insista pas.