Et elle se mit à rire.

—Surtout ne vous trompez pas d’enveloppe!

Elle était maintenant au seuil de la petite porte donnant sur la cour. Une automobile trépidait; un gendarme tenait la portière ouverte. Je fis baisser les stores et la condamnée alla s’asseoir dans le fond; le pasteur Darboux se mit à côté d’elle; en face, sur les strapontins, la sœur Marie et une autre sœur de charité.

Un gendarme prit place à côté du chauffeur. C’était tout comme gardiens: L’attitude de la condamnée n’exigeait aucune autre précaution.

Je donnai le signal du départ. En tête la voiture des magistrats militaires, puis la voiture de la condamnée, ma voiture, celle du docteur Socquet, et une voiture de secours en cas de panne. Cette dernière était vide au départ; à l’arrivée je m’aperçus qu’elle contenait six personnes!

Nous roulions à une allure modérée vers la place de la Nation et la porte Daumesnil, quand, tout à coup, nous fûmes entourés, précédés, suivis par une vingtaine d’automobiles contenant les journalistes. Ils se décidèrent à se grouper et à aller prendre la tête du cortège pour filer sur Vincennes. Au milieu de l’avenue ils prirent à droite pour se diriger par le bois vers la butte de tir. Mais ce n’était pas le chemin! Et la route était barrée!

Nous continuâmes tout droit pour aller au fort. Les journalistes constatèrent que nous ne les suivions pas et, pendant que nous les dépassions, je les vis faire des gestes de désolation. Je comprenais leur ennui et je les plaignis bien sincèrement.

COMME LA TOSCA

Décidément Mata-Hari se tenait bien et cela surprenait un peu.

—C’est une comédienne, disait-on. Et puis son défenseur lui a fait croire que, comme dans la Tosca, les fusils seront chargés à blanc. C’est pour cela qu’elle montre tant de confiance. Elle se figure qu’il n’y a pas de balles dans les cartouches et qu’on ne la tuera pas, à cause de ses hautes relations.