—C’est une histoire ridicule, répondis-je. La danseuse sait très bien qu’elle va mourir. Quand elle a refusé de se laisser visiter par le médecin, elle savait qu’elle repoussait sa dernière chance de salut. D’ailleurs son avocat a démenti formellement cette légende tout à l’heure.

La légende n’en a pas moins persisté. Il n’y a rien de plus difficile à détruire qu’une légende. J’ai même entendu des gens venir m’affirmer—à moi!—que Mata-Hari n’était pas morte. Si je n’avais pas été là j’aurais fini par le croire, tout au moins j’aurais douté...

Mais reprenons notre récit.

L’ESCORTE DES DRAGONS

Avant d’aller sur le théâtre de l’exécution on passe toujours par le donjon. Là on stationne quelques minutes pour attendre la formation de l’escorte de dragons, qui, à partir du fort jusqu’au poteau, encadre le cortège.

Une voiture contenant des reporters avait pu entrer avec nous dans le fort. Je fis mine de ne pas la voir. Mais le commandant du fort l’aperçut et l’obligea à faire demi-tour.

—Sabre... main! commanda le chef du peloton d’escorte.

Et nous voici en route pour la dernière étape. On prend des chemins défoncés, les voitures ne peuvent avancer qu’au pas en cahotant fortement.

Des vedettes parcourent au galop la plaine morne pour ne pas laisser approcher. L’aube pointe dans un ciel gris. Dans le lointain le sifflet d’une usine appelle les ouvriers au travail.

Voici la butte sinistre; au pied le poteau, ou plutôt le pieu fait d’un mince tronc d’arbre.