Les troupes sont alignées sur trois lignes formant un carré avec la butte de tir. Il y a là des détachements de toutes les armes. La voiture de la condamnée s’arrête à un des angles du carré.
Le pasteur Darboux, chancelant, descend le premier. Il est très troublé, le pasteur!
Mata-Hari descend sans aide, se retourne et tend la main aux deux sœurs de charité pour les aider à sortir de la voiture.
A ce moment on n’aurait pu dire qui allait être fusillé. On aurait pu croire que c’était le pasteur.
Deux gendarmes se mettent aux côtés de la condamnée. Mais elle les repousse:
—Venez, petite sœur Marie, tenez-moi fort par la main.
Trois pas la séparent des troupes.
—Présentez... armes! commande d’une voix de stentor le chef du rassemblement.
Mata-Hari paraît très sensible à cet hommage suprême. Alors, de l’air d’une princesse qui passe la revue de la compagnie d’honneur qui l’attend à la gare—ce qu’elle avait fait souvent quand elle accompagnait le kronprinz—elle défile lentement, majestueusement, en s’inclinant devant les troupes.
Les trompettes de l’artillerie sonnent la marche. Sabres au clair et baïonnettes au canon reluisent dans l’atmosphère devenue limpide.