Non loin, un petit pierrot qui regardait, perché sur un arbre, se mit à gazouiller. Chose bizarre, «mata-hari» en indien signifie «oiseau du matin» et c’est l’oiseau du matin qui venait la saluer avant de mourir.[F]
DEVANT LE POTEAU
La condamnée n’est plus qu’à une dizaine de mètres du poteau. Droite, dans sa robe bleue sur le tapis formé par l’herbe verte, elle est fière et regarde les soldats avec assurance. Tout à coup elle dit à la petite sœur Marie:
—Maintenant, c’est fini!... Lâchez-moi.
Et d’un geste saccadé, nerveux, elle rompt l’étreinte. Son avocat l’embrasse. Le pasteur se met devant elle et les gendarmes la poussent doucement vers le poteau.
Le greffier Thibault lit rapidement le jugement: «Par arrêt du 3ᵉ conseil de guerre la femme Zelle a été condamnée à mort pour espionnage.»
Au pas gymnastique un peloton de douze chasseurs à pied,—des blessés couverts de brisques—rangé sur le côté, par une rapide conversion vient se placer face à la condamnée.
Un gendarme veut l’attacher au poteau en lui passant une corde autour de la ceinture. Elle proteste. Un infirmier lui présente un bandeau fait d’un mouchoir rouge: elle le repousse et redresse la tête. Le pasteur Darboux, qui lui cache la vue du peloton, l’exhorte et n’en finit pas. Tout le monde s’énerve. La scène—une grande «dernière»—qu’on dirait étudiée et préparée, dure trop longtemps. Enfin le pasteur s’écarte.
L’adjudant lève son sabre et commande:
—Joue!...