Mata-Hari débarquant à Gijon (Espagne) en novembre 1916, où l’attendait un agent chargé de la surveiller.
Exécution à Vincennes de l’Espionne Francillard le 10 Janvier 1917.
la fille d’un planteur hollandais et d’une Javanaise, qu’elle était née le 7 août 1876,[G] que son nom était Marguerite-Gertrude Zell, qu’ayant de bonne heure perdu son père, elle avait été conduite à Burma par sa mère et placée, comme danseuse, dans un temple bouddhique de cette ville... En vérité, elle n’avait que quatre ans lorsque mourut l’auteur de ses jours, qui avait su acquérir, à la colonie hollandaise de Java, des richesses considérables, et sa mère connaissant le destin communément réservé aux Eurasian girls—ces filles à demi blanches et brunes qui naissent en Asie—la voulut garder d’une existence de désordre et la fit entrer dans un sanctuaire de la foi bouddhiste comme danseuse sacrée, mais à Batavia et non point à Burma. Elle ne comptait que quatorze printemps, lorsqu’un officier de l’armée britannique, sir Campbell Mac Leod, la vit et la persuada de s’enfuir avec lui. Ils furent légalement mariés, mais cette sorte de rapt n’ayant pas laissé de causer un scandale dans les milieux civils, ecclésiastiques et militaires, Campbell, membre d’une honorable famille écossaise, se sentit, malgré ses influences, contraint de quitter le service et aller habiter l’Inde, où Mady Mac Leod lui donna deux enfants. L’aîné, qui était un garçon, était mort subitement dans des circonstances qui semblaient indiquer un empoisonnement, la mère, soupçonnant un domestique indien, devança l’action de la justice en faisant, d’un coup de revolver, sauter la cervelle à celui-ci, durant son sommeil. Campbell était absent du home lorsque se produisit ce meurtre. Il n’y revint que pour apprendre la disparition de celle qu’il aimait, afin d’échapper au procès et à la condamnation qui l’attendaient. Il la suivit, néanmoins, en Europe avec leur petite fille, la rejoignant enfin à Paris, où il la trouva luxueusement installée, sous la protection d’un officier supérieur allemand faisant partie d’une de ces grandes coteries d’espionnage militaire germanique qui pullulaient à Lutèce avant la guerre. Lady Mac Leod se refusa pourtant à reprendre la vie conjugale, et Campbell, épave désemparée, s’en alla avec sa fille dans sa famille, en Ecosse, où il est mort peu avant qu’éclatât la conflagration européenne.»
Ainsi, d’après ce récit, Mata-Hari aurait tué de sa main un domestique soupçonné d’avoir empoisonné son fils[H]! Ce n’est pas mal. Continuons:
«Comment Mata-Hari—l’Œil du Matin, en javanais—est-elle devenue, elle-même, une espionne à la solde de l’Allemagne? Il est probable que des relations par elle contractées au cours de ce compagnonnage avec l’officier germain attirèrent sur sa personne l’attention des service occultes d’information de Berlin et que son départ de Paris pour cette dernière ville avait pour mobile réel la nécessité d’y être initiée à sa nouvelle profession. Et quand, la première année de la guerre, elle réapparut dans la capitale française en qualité de danseuse de théâtre, ce n’était plus là qu’une profession fictive, destinée à mieux couvrir ses machinations néfastes, où furent impliqués maints hauts personnages, tant civils que militaires, de qui elle sut obtenir des informations d’une valeur inappréciable pour l’ennemi.»
C’est la partie la plus vraisemblable de ce gros roman. Voici la partie la plus fantastique:
«Mais l’histoire vraie de la découverte de sa forfaiture; celle des raisons secrètes de sa condamnation à mort; celle, enfin, du complot ourdi par Pierre Mortissac pour la sauver du peloton d’exécution à Vincennes, en octobre 1917, constituent une trilogie que l’on n’écrira probablement jamais et qui, si elle pouvait l’être aujourd’hui, rejetterait dans l’ombre l’histoire des plus fameuses aventurières depuis les jours mythiques d’Hélène de Troie.»
Nous sommes en plein mélodrame! Un complot pour faire jouer un rôle de complaisance aux douze soldats du peloton d’exécution? C’est enfantin! Quand on sait comment les choses se passaient à Vincennes on ne peut que hausser les épaules à la lecture de pareilles sornettes. Pour organiser un tel «complot» il aurait fallu la connivence de deux mille militaires, et encore!