L’histoire de la Tosca a troublé bien des esprits. Il est possible qu’un maniaque ait voulu, dans un délire littéraire, recommencer cette tragédie en intervertissant les sexes. Certaines lamentations ultra sentimentales semblent en effet inspirées de la dernière lettre du chevalier Mario Cavaradossi à son amante Tosca, la grande cantatrice, quelques instants avant d’être passé par les armes. Certainement le drame de Sardou est très beau et a dû détraquer quelques faibles d’esprit. Seulement à Vincennes on ne jouait pas l’opéra-comique, et la musique de Puccini était remplacée par des trompettes d’artillerie.

V
MARGUERITE FRANCILLARD

«JE DEMANDE PARDON A DIEU ET A LA FRANCE!»—LES FEMMES DANS LE SERVICE SECRET

De taille au-dessous de la moyenne, comme on dit dans les signalements, assez mignonne, les cheveux très longs et presque roux, Marguerite paraissait insignifiante. Elle était couturière à Grenoble et travaillait honnêtement quand un espion, posté dans la région bien longtemps avant la guerre, en fit sa maîtresse. L’espion, dès le début des hostilités, monta en grade et fut chargé de diriger le centre allemand de Genève.

Marguerite savait-elle la profession exacte de son amant? Elle a prétendu que non. Toujours est-il qu’elle lui obéissait au doigt et à l’œil; je dis «à l’œil» parce que le Boche ne lui donnait presque rien.

Tout d’abord la pauvre fille fit la navette entre la Suisse et la Savoie. Elle portait dans son cabas—tout simplement—les notes que des gens qu’elle ne connaissait pas venaient lui remettre pour son ami. A la frontière elle avait été signalée et bientôt la Sûreté générale lui avait donné une escorte discrète, comme il sied à une personne modeste qui ne doit pas se faire remarquer.

Les inspecteurs lui firent la cour, dans l’espoir de l’amener à des confidences. Mais Marguerite parlait peu et était fidèle: aucune tentative ne réussit à la détourner de «son devoir»...

Le cas était rare. On la laissa continuer son manège pendant quelque temps, car, par elle, on découvrait les agents secrets opérant dans cette partie de la France, et on les coffrait successivement. Elle servait ainsi, sans s’en douter, de liaison entre la police et les espions.

DISPARUE!

Un soir elle disparut. Toutes les recherches opérées dans Grenoble ne purent la faire découvrir. Mais le hasard—qui sert si souvent la police—mit nos agents sur la trace d’une de ses amies à qui elle avait dit: