Quand on alla la prendre à Saint-Lazare, elle protesta:

—On ne doit pas exécuter une femme: il a toujours été convenu qu’on n’exécute pas les femmes! criait-elle.

C’était une grande maigre, d’aspect rêche et assez vulgaire, vêtue comme une ouvrière.

Au moment où, dans la cour de la prison, elle monta en voiture, elle me dit:

—Monsieur l’officier, je n’ai pas tué: on ne doit pas me tuer! Ce n’est pas juste. Je n’ai pas versé de sang, on ne doit pas verser mon sang!

«Et le sang que vous avez fait verser par les autres?» pensai-je sans répondre.

La mentalité de certaines espionnes était ainsi faite: elles croyaient que, parce qu’elles n’avaient pas tiré le canon ou lancé de grenades, elles n’avaient pas fait de mal! Or, leur œuvre traîtresse était bien plus nuisible, bien plus sanglante, qu’une bordée d’artillerie ou de mitrailleuses: elle aboutissait à la surprise et au massacre de milliers de Français.

La Tichelly, devant le poteau, se redressa et refusa le bandeau.

Il y a eu beaucoup de femmes arrêtées à Paris pour espionnage. Toutes n’ont pas été fusillées.

L’histoire que voici se rapporte un peu à celle de la Tichelly: