Alors, pour remercier, Bécu commande deux chopes. On les tire en deux coups de levier pendant que lui, allume sa pipe avec des aspirations longues et bruyantes, au «couvé» de cuivre dans lequel sommeillent les braises.

Ils trinquent.

—Écoute Bécu, c’est mi pour t’ faire tort, mais tu me dois encore quarante sous de l’ semaine passée.

Celui-ci pose sa chope, s’essuie la bouche du revers de sa grosse patte, délayant ainsi la poussière de charbon d’un peu de bière blonde et demeure balourd. Ça lui donne un petit choc au creux de la poitrine, le rappel de cette dette, qu’il va falloir payer aujourd’hui, où il aurait voulu boire tout son saoul. Il ne se souvenait plus de celle-ci, sans cela assurément, il serait entré dans un autre estaminet. Car, Bécu ne se presse guère à payer ses petits comptes arriérés. Il ne les acquitte que lorsqu’on l’interpelle du seuil des portes, parce que sa timidité alors s’affole.

—Oh tu ne m’ fais mi d’ tort, ce qui est dû, ça est dû.

Il reprend sa chope et la vide en se penchant en arrière, d’un petit coup brusque, afin de bien en sucer le fond.

Puis, il fouille dans sa loque de fond et en retire la pièce de cinq francs qu’il pose gravement sur le comptoir, en la suivant d’un long regard qui la voit disparaître.

Le cabaretier, ayant retenu le montant de la petite dette et celui des tournées offertes, replace devant Bécu une poignée de sous, que celui-ci ramasse tristement, comme si c’était là les miettes de la belle pièce d’argent qui serait brisée.

Il a quitté l’estaminet.