Jamais, elle ne lui est apparue aussi triste, cette grande carcasse de fer qu’empanachent au rythme de leurs râles crachotants les tuyaux de vapeur, ni plus angoissant ce ciel d’automne bas et délavé, qu’endeuillent encore les lourdes torsades de fumée noire vomie par une cheminée massive.

Sur la bâtisse sombre, une inscription en grosses lettres blanches se détache: Fosse Sainte-Marie-Madeleine. Oh! l’ironie de ce doux nom mystique donné à cette chose noire et sinistre!

Comme elle gravissait la dernière marche de l’escalier qui aboutit à la salle de triage, le surveillant du carreau lui pointa une amende. Elle eut un juron, un mot ordurier entre les lèvres, et vint se ranger parmi celles de son équipe, au bord de l’une des longues glissières aux fonds mouvants, sur lesquelles le charbon passe comme un lent ruisseau.

Ses mains se mirent aussitôt à happer au passage les pierres mauvaises et à les jeter dans une manette. Le geste continu, le geste monotone, cette houille qui passe et passe interminablement de son cours uniforme, peu à peu cela lui fascine la pensée, enveloppe sa raison d’une abrutissante torpeur.

Elle ne pense plus. Le souvenir a sombré dans le cours de ce ruisseau de houille où il faut puiser et puiser toujours les pierres brillantes. Mais, aujourd’hui, pour la première fois, tous les bruits du triage irritent ses nerfs: grondements des berlines sur les armatures de fer, crissements des engrenages, et chaque conversion fracassante des culbuteurs la fait tressaillir. L’odeur moite et grasse du charbon l’écœure, l’embrun de poussière fuligineuse, au miroitement métallique, qui s’élève des cascades venues des berlines déversées, gêne sa respiration. Elle étouffe..... Sa manette lui échappe des mains, un râle rauque sort de sa gorge et elle tombe à la renverse, toute roide, les yeux révulsés. Les trieuses se précipitent et la transportent jusqu’à l’ouverture béant sur la plaine, qui se révèle hérissée de bâtiments sombres. Le surveillant accourt, et, bourru, les renvoie toutes au travail.

Une seule fille est restée; penchée, elle dégrafe le corsage. Mais la petite exhale un long soupir et ses yeux se rouvrent, un peu égarés. Puis aussitôt, sans une parole, avec un geste frileux de pauvre enfant chétive, elle reboutonne sur sa poitrine creuse le corsage entr’ouvert.

Debout, elle refuse de retourner au coron comme le lui conseille le contre-maître.