—Mais oui!... que t’es bête! retourne chez ti, puisque t’as tombé du haut mal, insiste la fille qui l’aide à rajuster son béguin.

Non, elle ne veut pas; le visage fermé, elle regagne son poste.

Le surveillant, une main accrochée à la lanière de son sifflet de commandement, est debout sur une passerelle d’où il enveloppe le triage de ses regards soupçonneux.

Toutes les trieuses sont redevenues muettes dans le vacarme grondant et criard des machines, que semble animer une cruauté froide qui veut, qu’à leur contact, s’usent des générations. Elles sont attentives, leurs gestes actifs happent le schiste; et voici que les robes bleues à pois blancs, les gracieux mouchoirs aux plis flottants, tout cela a repris, sous la discipline, l’aspect d’un uniforme de bagne.

Le travail a de nouveau absorbé la fillette. Ses mains vont et viennent régulièrement de la glissière à la manette qu’une trieuse remplace par une autre lorsque les pierres en débordent. Elle n’a plus conscience de sa vie, elle fait partie de toute cette machinerie, de tous ces outils qui pivotent et trépident avec précision; la voici devenue une pauvre chose, semblable à une de ces petites poulies qui tournent en grinçant plaintivement.

Et les heures passent, lentes et monotones, charriées semble-t-il, par le lent ruisseau de houille.

Le bourdonnement sonore d’un timbre électrique a retenti à la recette, à l’orifice du puits d’où émergent brusquement, entre les montants de fer, les cages qui contiennent les berlines. Le langage cynique du mineur nomme cela «la sonnerie à la viande» parce qu’elle est pour le machineur chargé de régler la marche des cages, le signal de la remonte des ouvriers.

Un coup de sifflet répondant à la sonnerie de la recette a vrillé le hall du triage; la source qui l’alimente va tarir, jusqu’à ce que ceux qui ont saigné les veines noires de la terre soient remontés. Avec une gaieté bruyante, une exubérance de jeunesse qui a été opprimée par la discipline, les trieuses se bousculent, enjambent les glissières, sautent les degrés des gradins de criblage, ce qui fait vaciller, sous la cotonnade, les pointes de leurs seins. Les plus impatientes à atteindre le carré libre de machineries où elles vont toutes prendre leur repas, pincent les croupes de celles qui les précèdent et qui se retournent alors en criant des mots abominables.