A mesure que dans un roulement rapide il approche, grandit aussi une clameur étrange. C’est dans la campagne paisible, comme une traînée de hurlements et de vociférations.

Les paysans ont levé la tête. L’un d’eux a dit:

—V’là ch’ train des gueules noires!...

Puis tous se sont remis à brasser les gerbes, dans le sillage élargi de la faucheuse, dont les râteaux au geste circulaire, semblent peigner une chevelure d’or.

Le train infernal a bondi derrière une pièce de froment et s’est arrêté, tout secoué de bruit, toutes les ouvertures de ses wagons tumultueuses, grouillantes de visages atroces, aux bouches torves, d’où sortent des jurons et des chansons ivres. D’un bout à l’autre du train immobile, mais plein de trépignements, c’est une houle de faces machurées et grimaçantes.

Tous ces hommes tassés, empilés, crient, gesticulent, paraissant s’exalter entre eux.

Il semble que chez ces lugubres ouvriers des fonds, ce soit une revanche brutale, de bruit et de mouvement, après les longues heures de courbature et de silence à quinze cents pieds sous terre. Et peut-être aussi, parmi ces houilleurs fébriles, qui naguère étaient de placides gars de village, se trouve-t-il quelques nostalgies exaspérées.

Ils interpellent effrontément les moissonneurs qui ne se détournent même pas, et ils lâchent par bordées des mots obscènes, qui vont aux croupes tendues des glaneuses.

Mais un sifflement bref, quelques crachats de vapeur saccadés: le convoi s’éloigne, fumeux et tonitruant, par la campagne brûlante et calme.

Dans une sente qui, de la voie ferrée, coule vers le village, une file d’êtres aux faces mangées de suie, d’êtres aux ossatures pointant sous la toile grise encrassée de houille, longe les beaux épis mûrs.