Ils chantent avec des voix rauques, une chanson farouche, apprise là-bas, dans les bagnes souterrains, où couve la révolte des plèbes. L’un d’eux, avec une gourde de fer qu’il tient au bout d’une lanière, imite le geste oublié du faucheur, et cheminant, abat les têtes de froment gonflées de graines, sans respect pour ce qui vient de la terre, comme s’il n’était plus déjà d’une race de paysan.
La chanson farouche s’éloigne, noir frisson dans la sereine torpeur des sèves. Et les silhouettes sombres qui suivent le sentier, semblent maintenant une loque sale qui traîne sur la diaprure vermeille des graminées.
Les râteaux ont cessé leur moulinet, les roues dentelées qui actionnent la morsure des aciers ne font plus entendre leur bruit de cliquet: toutes les tiges hérissées de fiammettes sont abattues. Le champ n’est plus qu’une vaste éteule, où les rayons qui ruissellent de la grande coupole bleue, font luire mille fétus de feu, entre les moyettes que les moissonneurs toujours impassibles et graves continuent d’ériger.
Et partout, sur la large poitrine tendue de cette plaine, ceux qui restent attachés à la glèbe accomplissent la saine besogne, la tâche immuable, aux périodes éternelles, réglées comme la marche silencieuse des astres.
Là-bas, au village, ils vont fermer leurs yeux de fièvre, les tape-à-la-veine, sans connaître la douceur de la fin du jour, sans goûter le calme serein du long crépuscule. Puis en pleine nuit, ils se lèveront et s’en iront, comme des fantômes, jusqu’à cette voie ferrée qui, des chantiers monstrueux, s’allonge sournoisement dans les campagnes vierges, ainsi que la tentacule d’une pieuvre avide de forces humaines.
Dimanche
C’est un grand coron tout neuf, poussé là au milieu des étendues de betteraves, au hasard de la plaine, mais selon la volonté occulte des nuits souterraines. A mesure qu’un gouffre se creusait, lui s’était élevé, symétrique, dans un alignement sévère et discipliné de cellules. Quatre cents fois, la même basse maisonnette en briques avec son courtil exigu avait été répété, et cela sur quatre rangs uniformes tirés au cordeau. Puis quand terminé, lorsque prêt à contenir l’énergie nécessaire à la nouvelle fosse, on l’avait baptisé Coron Saint-Joseph, car les gros capitaux sont très pieux.