On doit encore dire qu’il possède, éparpillées ici et là, quelques maisons fatales, renfermant en elles un destin inévitable, des maisons où les premiers occupants à peine installés, la ménagère s’y conduisit mal aussitôt, recevant des hommes tandis que le sien se trouvait au fond de la mine. Et la Compagnie sévère et bien renseignée par son ecclésiastique a eu beau faire maison vide, la nouvelle ménagère, comme si ce vice suintait des murs, s’est mise peu à peu à recevoir les galants qui, par habitude, venaient encore rôder derrière le courtil.
Pourtant, celui-ci n’est ni pire ni meilleur que les autres corons, et si un peu partout ses hommes s’enivrent, si ses gaillettes et ses moulineuses ont le ventre gros vers leur quinzième année, ce ne sont là que choses communes à tous les tassements humains du pays noir.
—Vlau des gauff’... vlau des belles gauff’...
Et lancé dans le calme, le cri du pâtissier ambulant qui chaque dimanche, à cette heure, parcourt le coron, ricoche à tous les angles des petites maisons trapues.
Coiffé d’une toque blanche empesée, l’homme pousse devant lui son étal: deux roues et quelques planches, sur lesquelles sont rangées ses gauff’, ses belles gauff’, que lui, pâtissier famélique, confectionne on ne sait où, ni avec quoi. «Avec del grasse ed g’vau»—avec de la graisse de cheval,—dit jalousement la vieille femme qui vend du sucre d’orge à la marmaille.
Le marchand s’arrête devant presque chaque logis dont il va entr’ouvrir la porte. Du seuil, apparaît alors la famille attablée. On voit des hommes aux épaules osseuses, des hommes vidés de graisse, qui promènent sur ces tables des mains énormes, des mains aux gros doigts noueux habitués à s’agripper aux blocs de houille pour les faire basculer. Et il semble, que ce soit dans ces étaux de chair qui harpent les blocs de schiste descellés par la rivelaine, que réside la force musculaire de ces êtres. Car leurs visages blêmes et jaunis, accusent l’épuisante atmosphère des fonds.
Taciturnes, ils ne se préoccupent guère du marchand. C’est la ménagère qui d’un effort paresseux se lève, molle, toute sa chair tassée au derrière, à force de se tenir assise en compagnie des voisines autour des bolées de café, quand les hommes sont descendus au fond. Elle va jusqu’à l’étal et fait son choix, en disant beaucoup de choses inutiles, par besoin de bavardage.
Puis le marchand repart, poussant sa voiturette dont les roues broient mélancoliquement le mâchefer des venelles désertes.