—Vlau chés gauff’, chés belles gauff’...

Et la dernière syllabe, poussée sur une note aiguë, ricoche de nouveau aux angles des basses petites demeures, muettes sous la noire menace du haut bâtiment de fer dont la masse pesante les domine.

—Ohé, ch’ l’homme, venez par ichi.

C’est une grande fille qui, d’un courtil, appelle le pâtissier.

Docile, la voiture fait un détour et s’arrête devant la petite clôture de bois goudronné.

Et voici que dans le courtil, deux autres filles apparaissent encore et viennent, auprès de leur sœur, échelonner d’effrontés visages.

Ouvrières du triage, enfants qui grandissent dans le frôlement des centaines de mâles, elles ont un sourire vicieux. Et ce sourire est rendu encore plus équivoque par l’étrange expression des yeux qui brillent entre des paupières restées injectées de charbon malgré les lavages, des paupières formant un large cerne, une meurtrissure de volupté, comme chez les prostituées.

Elles marchandent les gaufres, en criant très haut, par habitude, comme si toute la machinerie ronflante et crissante du triage était encore là, couvrant leurs voix. Espiègles, elles se moquent du pâtissier, et se poussant du coude, pouffent de rire avec des déhanchements canailles. Mais tout à coup, un formidable juron d’homme impatienté éclate. Elles précipitent leur achat et rentrent dans la petite demeure en se bousculant.

La toque blanche empesée s’arrête à droite, à gauche, disparaît, puis paraît à nouveau, continuant de parcourir le village géométrique. Et les portes, un instant entr’ouvertes, montrent partout les mêmes visages d’hommes au teint jauni, faces que l’on dirait de cire, à cause des luisances produites par les rudes débarbouillages au savon. Dans la pénombre des pièces, brillent les mêmes yeux vicieux des petites trieuses, ou ceux des galibots leurs frères, qui déjà peinent aux tréfonds. Partout ce sont les mêmes ménagères alourdies de paresse, et au ras des tables, les chevelures blond filasse, blond étoupe, des enfants de cette race du Nord.