Il semble qu’elles expriment une phrase sur la vie intime de chaque maisonnette, ces portes qui s’entr’ouvrent. Et la phrase se répète, toujours à peu près la même, sans dire ni douleur ni joie, sans dire aisance non plus que pauvreté, mais la morne existence impersonnelle—rouage d’un mécanisme géant—et sur laquelle pèse le grand reflet triste des fonds.

Maintenant la toque blanche s’éloigne, gagnant la plaine, la verdure acide des betteraves. Elle ne s’est pas arrêtée dans le quartier des porions, ni au presbytère, car dans ces maisons, on ne mange guère de gaufres qui sont peut-être fabriquées avec de la graisse de cheval.

Deux heures viennent de sonner à l’église, au clocher de briques où s’encastre une horloge qui obéit à celle de la fosse.

La vie du coron, parquée sous les toits, recommence à s’éparpiller au dehors. Un mineur, sorti de chez lui, fume tranquillement une longue pipe de terre, en regardant ses pigeons qui roucoulent sur le faîtage des tuiles; un autre bêche son petit courtil quadrangulaire, son jardin étriqué où les légumes poussent mal, salis par une noire rosée de suie que crache dans l’air la gigantesque cheminée et aussi par les poussiers de charbon qui s’envolent du triage. Sur le pas des portes, de grasses ménagères apparaissent et se rapprochent pour des commérages.

Puis des groupes d’hommes, dans lesquels se faufilent des enfants, se forment autour des carins: ces poulaillers qui rognent encore un peu le pauvre carré aux légumes.

C’est que tout à l’heure on va faire battre les coqs, là-bas, aux estaminets. Chaque «coqueleur» que des amis ou des voisins accompagnent, choisit en ce moment ses bêtes de combat: de grands coqs hauts sur pattes, musclés, avec des yeux exaspérés et cruels. Il les renferme séparément dans des sacs de toile blanche où leurs cris s’étouffent. Sur son dos il charge un sac, les amis saisissent les autres. Et les voilà qui s’en vont tous, de leur pas traînard, ce pas habitué à suivre sans hâte, dans l’obscurité des fonds, la petite lueur incertaine des lampes.

Bientôt, d’autres mineurs les suivent, ceux-ci portant de grands arcs et des carquois de fer-blanc contenant les flèches qu’ils vont lancer, dans la prairie attenante aux estaminets, vers le faîte d’un haut mât blanc où perche un geai de bois. La flèche, souvent manquera l’oiseau, mais lorsqu’elle retombera, ce sera presque toujours à pic dans une chope de bière ou dans un verre de genièvre...

Il semble à présent que c’est une pente de terrain qui, naturellement, fait couler la population de ce coron du côté où s’alignent les débits de bière et d’alcool.