Agenouillés, les deux coqueleurs bandent tout d’abord, avec de la charpie, le tarse à la hauteur de la protubérance cornée. Afin que le linge qu’ils enroulent soit adhérent, de temps à autre ils envoient dessus un jet de salive qu’ensuite ils étalent avec le pouce. Lorsque les tendons sont ainsi matelassés, ils appliquent la bande de cuir dans laquelle est enchâssé l’éperon.
Chacun alors opère plus lentement, palpe les muscles, étire la patte, la replie, car il doit rechercher la direction favorable à donner à la pointe. Enfin, quand il a certitude de l’avoir trouvée, il fixe la courroie, en se servant d’un fil enduit de poix, qu’il croise et entrecroise sur la charpie. Puis, les deux pattes se trouvant armées, le coqueleur enfonce dans un morceau de liège l’extrémité de chaque éperon, afin que ceux-ci ne le blessent ou ne s’émoussent.
Maintenant, autour de la plate-forme de terre, ils se tassent sans se bousculer, ces hommes habitués à être en troupeau. Ils ont un petit coup naturel de l’épaule pour évoluer dans leurs rangs, comme lorsqu’ils se pressent à la remonte, à la descente, ou à la paie.
Aux angles opposés du terre-plein, deux coqueleurs se sont placés, tenant en main leur bête de combat.
Un signal est donné. Alors, ils enlèvent les morceaux de liège qui préservent les éperons et déposent doucement les coqs dans le champ clos.
L’un est noir, avec des tâches grisâtres, l’autre est fauve, avec des tâches feu. Immobiles, très droits et raidis, tous deux la tête arrogante, se scrutent d’un regard de côté, le regard fixe d’un seul œil et tous deux, en même temps, fientent sans broncher.
Quelques mots en murmure ondulent dans les rangs pressés des houilleurs. Mais, celui qui dirige le combat crie «silence» avec aussi, un juron. Les houilleurs, se taisent, on n’entend plus que le roulement d’un train, très loin dans la plaine, et les voix des archers réunis dans une prairie que cachent les murs de la cour.
Tout à coup, dans un volètement érupté, le coq noir a traversé le parc et foncé sur le coq fauve. Par un bond celui-ci l’a évité, mais lui-même, devenu aussitôt agressif, s’élance avec un large battement d’ailes et de ses deux pattes aux froides luisances d’acier, porte un coup dans le corps de son adversaire.
Les éperons ont dû pénétrer la poitrine, car la bête a éprouvé une sorte de haut-le-cœur. Pourtant elle ne titube point, elle n’a pas cette sorte de vertige qui indique une blessure mortelle.
A présent, têtes baissées, bec contre bec, les plumes du cou dressées en forme d’auréole, les voici qui se fixent, les yeux dans les yeux, comme en une commune hypnose.