La partie est redevenue incertaine. Il y a des remous dans les rangs pressés, et des mots brefs s’échangent. Puis revient le silence dans lequel expirent des bruits très lointains de la grande plaine rase.
Dans un angle du parc, où leur faiblesse les a fait échouer, ils sont de nouveau bec à bec, mais devenus comme loqueteux car leurs ailes sont tombantes et traînent. Le coq noir, les yeux troubles, presque vitreux, regarde l’autre, sans voir peut-être, et celui-ci le fixe d’affreuse façon avec son orbite vidé. Tout en tâtonnant leur équilibre, ils essaient encore de se porter des coups d’éperons, lançant leurs pattes en demi cercle, sans forces, et en faisant de vains efforts pour bondir. Ils ne s’atteignent guère, mais leurs ergots s’accrochent l’un à l’autre. Alors, pour ne pas tomber, ils se soutiennent sur leurs bouts d’ailes, comme sur des béquilles.
Et voici venue l’agonie.
Ils se sont entraînés tous deux dans la même chute, entremêlant leur plumage. Ce ne sont plus que deux petits tas de plumes immobiles, au-dessus desquels à intervalles qui s’espacent, une aile se met à battre en un grand geste mourant.
L’homme qui dirige le combat proclame alors: Partie nulle.
Aussitôt, toute la masse pressée autour du parc, se désagrège et fourmille dans la cour.
Les coqs sont retirés du champ clos par leurs propriétaires. On retrousse leurs plumes, on examine et juge les blessures. Après leur avoir enlevé les éperons, on les achève en leur cognant la tête contre le mur.
Cependant que les coqueleurs arment de nouvelles bêtes, on se met à boire. Partout, dans la cour, dans le cabaret, les grandes chopes se vident, se remplissent, et les longues pipes en terre s’allument.
Réunis par petits groupes, les houilleurs causent lourdement, dans ce patois empâté qui semble déformer les bouches, les agrandir pour laisser passer les traînements gras des syllabes. Ce ne sont plus là tes loqueteux effrayants, surgis des abîmes souterrains, avec des faces couvertes d’un masque noir immobile, où roule le blanc des yeux. Et pourtant quelque chose de farouche, d’agressif, se dégage encore de ces hommes. Leurs regards ont parfois une acuité étrange: regards aigus où passe de la haine avec un sombre reflet de révolte sourde.