En parlant, quelques houilleurs soudainement s’animent, leurs gestes deviennent saccadés et ils ont des tremblements de mains qui font penser à l’alcool. L’un surtout, long garçon maigre dont le visage est dans sa pâleur coupé de sillons bleuâtres, de tatouages incisés par les éclats de charbon, furieusement élève la voix. Il cause de grèves avec les deux petits soldats devenus pensifs, et ses grands bras véhéments, mettent en joue un fusil imaginaire.
Par de là le mur, on aperçoit le faîte du mât blanc au haut duquel perche le geai de bois. Les flèches des archers, continuent à monter autour de lui comme des fusées, puis virent dans l’air et retombent.
Mais auprès du terre-plein, l’arbitre vient de reprendre sa place, ainsi que, aux angles, deux coqueleurs qui portent les bêtes aux pattes éperonnées.
Les houilleurs se hâtent de vider une dernière chope, débourrent leurs pipes, en les frappant contre le talon de leur bottine, avant de les renfermer dans les longs étuis de bois. Les parieurs conviennent d’un dernier enjeu: une tournée de bistouilles ou une pièce blanche. Et de nouveau on entoure le parc en se serrant les épaules.
D’abord, même attitude expectative des deux coqs. Puis le courage défaillant de l’un, devant l’attaque de l’autre qui est forcé de le poursuivre pour l’obliger enfin à lui faire tête et à combattre. Et ce sont encore de larges battements d’ailes, des froissements de plumes, des chocs cliquetants, que suit l’immobilité d’une mutuelle fixité des yeux, pendant laquelle, l’exaspération fait autour des cous se dresser les plumes en forme d’auréole.
Un long temps elles se battent avec rage, les pauvres petites bêtes; avec furie, de leurs ergots, elles se poignardent. Puis, viennent les défaillances, la même douloureuse et triste fin de combat, qui montre toute la cruauté froide, la cruauté lente de ce jeu.
Enfin l’un tombe et expire avec des soubresauts convulsifs. Et sous le ciel gris, devant les hommes blêmes, le coq qui est resté seul debout, jette un lamentable cri de victoire, un cocorico qui gargouille dans le sang de son petit gosier qu’un éperon a transpercé.
Plusieurs parties se sont encore succédées, espacées par le temps nécessaire pour fixer les éperons. Chaque fois, un petit corps frémissant de vie ardente s’est immobilisé lentement dans un larmoiement de plumage.
Le dernier combat a été décisif pour ceux du camp étranger.
L’arbitre monté sur le terre-plein, a proclamé leur victoire et leur a remis les cent cinquante francs de l’enjeu. Ils ont recompté la somme d’écus et se la sont partagée. Puis ils ont offert une tournée générale d’eau-de-vie.