Un petit monsieur, maigre, en redingote noire et chapeau cylindre, traverse la cour, marchant très vite. Arrivé auprès de la roulotte, il s’écrie tout essoufflé:

—Ah, voyez-vous, j’avais bien cru arriver en retard et manquer la descente. Tout est préparé, n’est-ce pas? les cuvettes? les vases?

Et, sans attendre une réponse, il grimpe les degrés de bois.

Depuis un instant, des bruits mêlés et confus, une rumeur de foule, montait de la route qui longe le mur de clôture. Mais comme cinq heures sonnent à une horloge qui surmonte le bâtiment sans étage des bureaux, cette rumeur augmente. On entend des portes se fermer en vibrant, des portes vitrées sans doute, comme en ont les débits de boissons. Et voici que, vêtus comme des forçats, de sarraux et de pantalons en toile grisâtre et presque tous en sabots, les houilleurs apparaissent entre les grilles et envahissent la cour.

Les bras croisés, l’échine pliée en avant comme si déjà sur eux pesait le toit d’une galerie, ils marchent à longs pas, les reins battus par leurs gourdes de fer blanc.

En colonne houleuse, comme des soldats qui ont rompu le pas, ils se dirigent vers le bâtiment d’extraction. Bientôt, ceux qui vont en tête se perdent sous le colosse de fer. Mais un moment après, par une issue qui se trouve auprès de la cale, ils reparaisssent, chacun d’eux portant cette fois sa lampe de fond allumée, ce qui éparpille dans la lumière du jour, de petits points de clarté blafarde. Alors, ils se mettent à gravir la pente de la cale, qui se dresse ainsi que la montée d’un calvaire. Et les petites étoiles funèbres s’éteignent une à une, brusquement aspirées, semble-t-il, par le puits profond, plein jusqu’aux bords de ténèbres visqueuses et mortes.

Le docteur sort de la roulotte, revêtu d’une blouse blanche.

—Le chef-porion n’est donc pas là? interroge-t-il.

—Pardon, Monsieur, me voici, répond un homme vêtu en houilleur, mais la taille droite et les yeux durs, sous le bord rigide de son chapeau de cuir.

—Ah, très bien. En ce cas, je vais commencer. Car sachez, porion, que j’ai parfois des difficultés le premier jour de mon arrivée à une fosse. Beaucoup de ces malheureux refusent de se laisser examiner; ils croient que la compagnie cherche à se débarrasser des hommes malades.