La voici venue l’heure redoutée où il va falloir, à celles qui attendent encore un être humain, rendre ces choses tordues, recroquevillées et calcinées.
Là-bas, au-delà du barrage, un grondement, monte menaçant. C’est qu’à présent, les femmes connaissent l’affreuse vérité; elles savent que pas un houilleur ne remontera vivant au jour. Elles exigent furieusement leurs morts. Mais les malheureuses dont la douleur s’exaspère, ignorent encore que là-dessous le charnier est en feu et qu’on ne peut même plus leur promettre d’autres cadavres, que ceux que l’on va présenter à leurs yeux épouvantés.
Des sections d’infanterie et des pelotons de gendarmes, cantonnés dans les terrains vagues de la houillère, viennent encore renforcer les troupes qui encombrent la grande cour. Des ordres se transmettent; les officiers font former à leurs hommes une double haie qui, partant de la grille, va aboutir à la morgue où pénètrent des gendarmes, le pas pesant, et jugulaire au menton.
Derrière les barreaux qui défendent les fenêtres des bureaux, apparaissent par moment, des figures pâles et inquiètes. Et le grand bâtiment inanimé, semble regarder lui aussi la morne animation de cette cour, avec les grands yeux vitreux de ses verrières.
Soudain, des cris vibrants et douloureux, montent vers le ciel funèbre: on vient d’annoncer à la foule, que par petits groupes, elle va enfin avoir le droit de reconnaître les cadavres.
Hébétée, étourdie, semblable à une personne qui serait brusquement passée d’une profonde obscurité à une clarté vive, Elle regarde avec des yeux effarés les soldats immobiles et silencieux qui l’entourent.
Un officier lui ordonne. «Suivez le groupe.»
Alors, docilement, Elle suit celles que l’on a laissé pénétrer par le guichet et qui s’avancent, sanglotantes, entre les deux haies de baïonnettes.
A l’entrée de la morgue, d’où l’on aperçoit les cercueils béants, le groupe lamentable a un recul d’épouvante. Puis celle qui marchait en tête du groupe, s’avance, les mains jointes sous le menton, la tête inclinée, dans une attitude de pitié douloureuse.
Une femme tombe lourdement sur les genoux, brisée, et s’appuyant d’une main au rebord d’une bière, s’écrie, la voix chevrotante et lointaine.—Oh! mon Dieu, mon Dieu... est-il possible de nous les rendre comme ça!...