Deux autres, se tenant serrées par le bras, suivent rapidement la ligne des cercueils, le corps penché en avant, les regards avides, cherchant à reconnaître un visage. Arrivées au fond de la longue salle froide et nue, les deux femmes se retournent, s’appuient contre le mur et demeurent là sans bouger, le teint jauni, les lèvres décolorées, le visage contracturé, sans une larme, avec des prunelles fixes de folles.
Ici, comme dans la cour pleine de troupes, Elle, reste hébétée. Mais un des gendarmes qui se tiennent échelonnés derrière les cercueils, s’avance et lui dit. «C’est aux vêtements, qu’il faut essayer de les reconnaître.»
Alors Elle s’agenouille devant une bière, se penche vers le cadavre carbonisé qui, sur le suaire, paraît se tordre encore de souffrance.
Sur le crâne, les cheveux ont disparu, brûlés. Dans la face noircie, les orbites sont vides, et la bouche, n’est plus qu’un trou aux rebords tuméfiés, d’où découle un filet de sanie putride. Le ventre est ouvert, les intestins ont débordé, bouillonnement figé, entre les jambes qui sont demeurées ployées. Pas un lambeau d’étoffe, seules de grosses bottines aux semelles cloutées, chaussent encore les pieds de leur cuir racorni. Après que, les paupières ardentes et les mains fébriles, elle a touché les bottines du mort, elle hausse doucement les épaules et secoue la tête d’un air désespéré et dolent.
Et puis, vers la bière voisine, elle se tourne. Là, sur la forme hideuse, il y a un rappel de vie, rappel étrange et terrifiant. La chair d’une épaule est demeurée blanche, alors que tout le reste du corps est noirci et que le bras attaché à cette épaule se montre ratatiné et tordu comme un cep de vigne.
Elle a saisi un morceau de tricot que la flamme du grisou n’a pas consumé, elle le tourne et le retourne entre ses doigts tremblants. Ensuite, elle palpe un lambeau de velours à côtes, qui entoure encore l’extrémité d’une jambe.
Tout à coup elle se redresse, se couvre le visage de ses mains et gémit: Oh oui, le voilà, c’est lui, c’est mon homme!...
Une sorte d’employé qui tient des feuillets à la main, s’avance vivement.
—Vous l’avez reconnu?...