—Oh oui, Monsieur, c’est lui, c’est mon pauvre homme.
Un sous-officier, qui se trouve là avec des brancardiers, lui demande: En êtes-vous bien sûre?
Mais l’homme aux feuillets intervient, et avec colère dit au sergent: «Allons, c’est bon, fermez donc cette bière et sortez la immédiatement d’ici». Il demande le nom du mort, l’inscrit sur un feuillet; puis, avec de la craie, sur le couvercle de sapin, il moule d’une belle main de comptable ce mot: Reconnu.
Tout le long de la sinistre rangée des cercueils, ce ne sont qu’agenouillements des pitoyables femmes, dont les visages bouleversés et flétris se penchent avides et sans dégoût sur les linceuls souillés, d’où montent des exhalaisons putrides et une puanteur écœurante de chlore.
Et leur douleur est sans contrainte; à leurs soupirs, à leurs gémissements et à leurs sanglots, se mêlent les lourdes exclamations du grossier patois.
Soudain, un officier paraît, consulte sa montre, et dit aux gendarmes: «Les quinze minutes sont passées, faites évacuer la salle.
Quinze minutes! c’est le temps que le service d’ordre a décidé d’accorder à chaque groupe pour reconnaître ces cadavres méconnaissables.
Alors ce sont des hurlements et des cris de révolte. Une malheureuse se débat, s’accroche à un cercueil. Mais les gendarmes, aussitôt s’irritent et emploient la force pour briser ces nerfs de femmes.
Ils se sont rangés, coude à coude, d’un mur à l’autre, et pas à pas, poussant devant eux le troupeau des veuves en larmes jusqu’à une porte de sortie qui se trouve à l’extrémité de la morgue, ils dégagent cette longue salle comme ils le feraient d’une rue, en temps de grève.
Comme un gendarme la poussait, Elle, simplement avait dit: