—J’ai encore mes deux fieux à retrouver. Puis, voyant qu’on ne l’écoutait point, elle avait obéi, baissant la tête, résignée.
D’autres femmes, vont entrer dans cette morgue et, contre les murs froids et nus, vont encore se briser d’autres sanglots.
Dehors, le sergent l’attend avec les brancardiers, qui vont porter jusqu’au coron le cercueil déjà mis sur une civière. Derrière celle-ci, elle se place, comme elle le ferait derrière un corbillard. Et l’on se met en marche: eux d’un pas cadencé et lourd, elle, avec un air brisé de pauvresse.
Les brancardiers passent derrière les troupes. Ils ont reçu l’ordre de quitter la fosse en faisant un long détour à travers les terrains vagues.
A cet instant, des cris s’élèvent, quelques voix furieuses menacent. Des hommes, des houilleurs qui travaillent dans les autres fosses et qui avaient ici un père, des frères, un ami, sont entrés aussi pour reconnaître les cadavres. Et ces hommes tendent le poing aux figures peureuses qui, à l’abri des fenêtres grillagées du bureau, les regardent passer. On entend des coups sourds, un bruit de lutte. Puis, la haie des soldats s’entrouvre pour laisser passer des gendarmes emmenant quatre hommes qu’ils viennent d’arrêter.
Les brancardiers longent le grand bâtiment inanimé. Ils passent devant la montée de terre où, dans la boue, sont restées imprimées les foulées de ceux que jamais plus les cages rapides ne remonteront au jour. Et les voici qui hâtent leur marche, épouvantés, semble-t-il, de passer en cet endroit avec la pauvre femme qui les suit.
Ils traversent des voies ferrées, s’avancent entre des trains entiers de wagons vides et l’encombrement des bois de mine, où sont encore échelonnés des factionnaires.
Sur la gauche, se dresse le terri, la noire colline de schiste, au haut de laquelle une sentinelle va et vient, les regards fixés au loin, du côté des autres fosses... Puis, s’ouvre le grand vide de la plaine. Les pas des brancardiers s’appesantissent dans la terre grasse des champs, le poids du cercueil raidit leur bras. Le sergent qui les conduit, leur ordonne de s’arrêter et de déposer la civière.
Ils se taisent, ils craignent de parler et pour prendre contenance, ils contemplent le ciel sombre qui glisse tout d’une pièce. Et la femme pleure, le regard fixé sur le cercueil.