Dehors, des hommes passent, marchant au pas. Et des sanglots suivent la civière qui s’éloigne.

Seuls, abandonnés sans doute par leur mère qui est à la fosse, deux enfants s’avancent sur le seuil et, curieux, les yeux grands d’étonnement, ils regardent cette longue boîte de sapin, qui fait une tâche blanchâtre dans la pénombre.

Doucement, Elle leur dit:—«Allez jouer plus loin mes petiots». Et les pauvres petits êtres, ignorants des choses de la mort, s’en vont en riant, jouer sur la chaussée.

On heurte à la porte. Le médecin de la compagnie entre. Il est venu au coron pour avertir les veuves qu’il est nécessaire de laisser les cercueils ouverts, afin que les gaz qui se dégageront des cadavres, ne fassent éclater les planches de sapin. Et il ordonne à un ouvrier qui l’accompagne, de déclouer le couvercle de la bière. Pendant ce travail, lui-même ayant sorti de sa poche une fiole, asperge le sol avec un liquide nauséabond. Puis, en se retirant, il dit tout bas, d’une voix doucereuse—«Voyons, ma bonne femme, n’avez-vous donc ni un crucifix à mettre sur le linceul, ni un cierge à allumer auprès du mort? Ces Messieurs de la Compagnie désirent pourtant que tout se fasse de façon convenable. Un prêtre du reste, assistait à la remonte des corps.»

Ayant vidé le tiroir d’une commode, elle a retrouvé un vieux chapelet et l’a posé sur le suaire. Ensuite elle a allumé une bougie qu’elle a placée sur un siège, auprès du cercueil. Mais comme elle n’a plus prié depuis vingt ans, elle fait un simple signe de croix. Et maintenant que la chambre est en ordre, elle n’a plus qu’à penser douloureusement en face du mort.

Elle s’est assise dans un coin, les bras croisés, la tête penchée, et les chauds reflets de la bougie, vacillent sur son visage terreux.

Jusqu’à présent, elle a vécu en hallucinée, dans un cauchemar, dans une sorte d’irréel. Mais avec l’immobilité et le silence, elle rentre dans la froide réalité. Et elle ressent seulement à présent, l’impression d’un immense isolement.—Seule, toute seule; la maison est vide; les trois hommes sont morts!...

Des souvenirs lui passent par l’esprit, des petits faits, des détails isolés, l’intonation de leurs voix, même les colères du père; tout cela mêlé, confus.

Alors, elle se met à pleurer lentement.

Et puis, elle pense aussi à la paie qu’ils devaient toucher dans quelques jours, aux dettes, à la misère qui va venir.