Tous ceux qui entourent le ministre écoutent celui-ci avec un respectueux recueillement.
Soudain, il élève la voix et le bras étendu vers le suaire, le voici qui fait vibrer la dernière phrase de ce discours qu’il colporte dans chaque maison endeuillée, répétant dans chacune les mêmes gestes emphatiques, avec une même émotion. Après quoi, M. le Ministre semble, la tête inclinée sur l’épaule, s’abîmer dans une douloureuse contemplation. Mais en réalité, ce n’est là qu’une attitude congruente, car, il tend l’oreille à ce que lui murmure tout bas, la personne qui se trouve à son côté.
Le même officier qui réveilla la veuve, s’approche encore et lui souffle—«Remerciez M. le Ministre.» Mais celle-ci demeure stupide et muette, la face terreuse et le regard terne.
Alors le personnage officiel, ayant jugé suffisant son instant de méditation affectée devant le cercueil, s’incline du côté de la veuve, puis il sort, suivi de son escorte attentive, laquelle a répété militairement le salut adressé à cette femme qui ne paraît pas avoir conscience du grand hommage qui lui est rendu.
Après le départ du Ministre, deux messieurs s’insinuent dans la chambre: «Madame, permettez-nous de prendre une photographie pour notre journal.»
Et les deux messieurs, sans attendre une réponse, dressent sur ses trois pieds leur appareil. Ils changent un peu la position du cercueil, repoussent la table, dérangent une chaise, jugent l’effet de la lumière. Ensuite, l’un d’eux dit: «Mettez-vous auprès du cercueil et tenez sur vos yeux un mouchoir.» Et l’autre ajoute: «Oui, madame, faites comme si vous pleuriez.» Elle, toujours docile, obéit.
—«Ne bougez plus.» Il y a un instant de pose, l’orbite de métal fixe durement la veuve et le cercueil, puis l’appareil fait entendre un bruit sec de déclic. C’est tout; les deux journalistes remercient et s’en vont satisfaits.
Traînant son pas harassé, elle rallume une bougie auprès du mort. Dans son intelligence de pauvre femme ignorante et simple, elle n’a ni compris le ridicule triste de la douleur officielle, ni l’odieux de la seconde visite qu’elle a reçue.
Et la veillée mortuaire reprend. C’est de nouveau le silence, l’arrêt de vie, que les morts propagent de leur néant, autour d’eux.
Le vent s’est remis à souffler et la pluie qui cingle les tuiles du toit leur fait rendre un bruit de chose fêlée.