— Voilà le clairon qui sonne ! File à ton atelier, mauvais plaisant !
Hiên se dressa derrière le wagonnet : Nho vit ses yeux égarés, ses joues pâles, ses mains dansantes. Il bégaya :
— Je… je… te croyais sur la route… Qu’as-tu entendu ?
Hiên le Maboul secoua la tête, essaya de parler :
— Rien ! articulèrent péniblement ses lèvres frémissantes.
— Il ment, pensait l’autre, il ment : il a tout entendu… Quelle brute maladroite, ce Phuc !
Ils redressèrent la benne, poussèrent le wagonnet sur les rails grinçants.
Hiên le Maboul a tout entendu. De son front baissé la sueur froide ruisselle, tombe goutte à goutte sur la terre piétinée qui semble vaciller. Il ne pleure pas : il cache soigneusement sa douleur, comme le cerf blessé dérobe son agonie. Il s’efforce de paraître indifférent et brave ; mais ses mains ne cessent pas de danser fébrilement sur la tôle rouge et ses jambes fléchissent comme si une faux invisible avait tranché ses jarrets.
— Je n’en peux plus ! souffle-t-il tout à coup.
— Écoute, frère aîné, gémit son compagnon navré, ne t’arrête pas… Continue à marcher à côté de moi, un moment encore : il faut que je te parle… Ce Phuc est idiot ; c’est une mauvaise langue : il éprouve sans cesse le besoin de raconter un tas d’histoires, pour se faire valoir et prouver qu’il est renseigné sur tout ce qui se passe. Il plaisantait tout à l’heure ; il mentait impudemment, suivant sa coutume. Faut-il te jurer que je ne crois pas un mot de ses racontars ?