L’autre lui répondit simplement :
— Tu parles !
Là-dessus le barbu Castel entonna le refrain militaire cher à son cœur de « marsouin » :
La cantinière a des bas blancs (bis)
Qui lui vienn’ de nos adjudants (bis).
Nos adjudants sont militaires ;
Ils…
Des lézards gris, épouvantés, hâtèrent leur course vers les haies d’aloès ; un pigeon vert s’enleva avec fracas.
Un loustic imitait le grognement du porc ; un autre souffla dans ses mains et reproduisit le roucoulement de la tourterelle ; son voisin fredonnait une mélopée guillerette ; tel farceur, pour le plus grand effroi des gamins tout nus juchés sur des talus, rugit à la manière du tigre en chasse. Hiên le Maboul lui-même, gagné par la jubilation générale, oublia ses terreurs et gambada gauchement. Seul Pietro demeurait sombre : il ruminait les paroles du lieutenant et prévoyait qu’une ère nouvelle allait commencer.
On arrivait au village : des commandements coururent ; les chants cessèrent, les cigarettes furent remisées précipitamment au-dessus des oreilles ; les talons nus frappèrent en cadence le sol écarlate, les courtes baïonnettes scintillèrent au bout des mousquetons, et les deux clairons, les joues gonflées et le salacco de travers, beuglèrent dans leurs cuivres l’allégresse de la compagnie. Derrière eux, le facétieux Annibal, émoustillé par les notes pimpantes et glorieux de sa bride de cuir fauve et de son mors d’acier nickelé, trépigna.